Et maintenant on fait quoi ? #MondoChallenge

Gueule de métèque et gueule de bois

Tu te réveilles le matin et tu lis ça dans le journal :

Alors on fait quoi ?

On a écrit des centaines d’articles pour éclairer les gens sur ce qu’était vraiment la migration. Le fact-checking, d’abord. À grand coups de chiffres fiables du CGRA (Commissariat Général aux Réfugiés et aux Apatrides) et du centre Myria (Centre fédéral migration), on a démonté leurs délires. En 2016, 15 478 demandes d’asile acceptées. C’est même pas un Belge sur 1000, les gars ! Et ils parlent d’invasion ?
Ensuite on a testé les photos chocs : il a fallu un enfant mort noyé pour un sursaut d’humanité, et quel sursaut ? Aujourd’hui, Aylan est oublié et si, d’aventure, les médias osaient montrer à nouveau une photo similaire, on les accuserait de réchauffer de l’info. Comme si on sortait les Syriens d’un congélo pour les servir au 20 heures sur TF1.

 

On a essayé le storytelling. Un journaliste complètement barge a été jusqu’à faire lui-même la route des migrants de la Syrie jusqu’à Calais pour raconter, jour après jour, via Facebook, Twitter… le quotidien de ceux qui fuient la guerre.

 

On a écrit des chansons, gribouillé des dessins, monté des spectacles, des campagnes, des films, des expos, des valises pédagogiques pour chaque jour expliquer pourquoi des hommes et des femmes quittaient leur terre natale pour partir ailleurs. Dans le pays voisin le plus souvent. En Europe parfois.

77 Belges sur 100. On a essayé de les faire rire, de les faire pleurer, de les révolter, de les dégoutter, de les indigner, de les énerver, de les exaspérer, STOP !

Alors on fait quoi ?…

…Maintenant on continue.

« Noir jaune blues », je l’ai lu leur sondage. Il est fiable parait-il. Peu importe ! Ce serait un canular grossier monté par des fachos sans scrupule que ça ne changerait rien ! Ils ont le nombre pour eux ? On a pour nous l’humanité.

Et donc ? On continue.

On fait comme cette femme qui était assise dans mon bus hier soir. Elle a passé le trajet à essayer de communiquer et d’apprendre le français à son voisin, un migrant qui retournait vers son centre d’asile. Cette femme, c’est ma Rosa Parks à moi. Rosa était seule quand elle est montée dans son bus à Montgomery ce jour de décembre 1955. Rosa a vu son gouvernement la casser comme le gouvernement français casse en ce moment Cédric Herrou. Rosa était seule. Huit ans plus tard, ils étaient 250 000 devant le Lincoln Memorial à Washington.

Martin Luther King Jr. addresses a crowd from the steps of the Lincoln Memorial where he delivered his famous “I Have a Dream” speech during the Aug. 28, 1963, march on Washington, D.C. (Photo courtesy of the U.S. Department of Defense Archives)

On est des milliers de parents, de profs, d’animateurs, d’artistes. On est infatigables et on a avec nous un nombre exponentiel d’enfants, d’élèves, d’animés, de spectateurs. On prépare une génération de gamins et de gamines éduqués, ouverts d’esprits, solidaires, bref, humains. On est des milliers à savoir que…

🎵  L’essentiel à [leur] apprendre c’est l’amour des livres qui fait
Qu’[ils] peuvent voyager d’[leur] chambre autour de l’humanité,
C’est l’amour de [leur] prochain même si c’est un beau salaud,
La haine, ça n’apporte rien, puis on en crèvera bien assez tôt.

Il ne se passera pas huit ans avant notre rendez-vous du 28 août 1963.

Et puis on fait quoi ?…

…Maintenant on passe à autre chose !

Parce que c’est pas râler sur le nombre de migrants qui va nous nourrir demain. Et personnellement, je préfère savoir que mon voisin agriculteur a les moyens de donner à bouffer à ma famille que de savoir si ses grands-parents étaient roumains ou polonais.

Parce que c’est pas râler sur le nombre de migrants qui va fournir notre électricité de demain. Et personnellement je préfère savoir qu’on a assez d’éoliennes pour faire tourner nos ordis plutôt que de me demander si le mécanicien qui les répare s’appelle Béchir ou Jean-Marie.

Parce que c’est pas râler sur le nombre de migrants qui, demain, remplira nos citernes à mazout ou les réservoirs de nos bagnoles. Et le jour où on manquera de pétrole, on s’en foutra pas mal de savoir si le petit Hafez apprend assez vite le français dans son école à Molenbeek.

Il y a peut-être 8 676 290 belges qui ne sont pas d’accord avec moi sur l’accueil des migrants mais je suis prêt à parier qu’on est pas loin d’11 millions à vouloir s’éclairer, se chauffer et bouffer. Alors on s’y met maintenant parce qu’elles sont là les questions importantes!

CCO : Pierre Dargatz
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tanguywera

Étudiant en Belgique puis au Québec, stagiaire en RDC, enseignant au Rwanda, j'ai acquis la ferme conviction que le français, aujourd'hui plus que jamais, demeurait un instrument au service de chacun de ses locuteurs, quel que soit sa couleur (politique) ou son accent (démocratique).

4 réflexions sur “Et maintenant on fait quoi ? #MondoChallenge

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