48 000 morts dans un attentat au camion bélier en France

C’est l’attaque la plus meurtrière qui ait eu lieu sur le territoire français depuis la Seconde Guerre mondiale. À titre indicatif, pour rappel, les attentats du 13 novembre 2015 avaient, quant à eux, fait 128 morts. Ce nouveau drame n’a pas encore été revendiqué par l’État Islamique bien que des indices sérieux laissent penser que l’Arabie Saoudite et les autres monarchies du Golfe aient leur part de responsabilité.

CC0. Author : StockSnap

Whaaaaat ?

Ceci n’est ni une information du Gorafi et autres Nordpresse, ni une vérité qui dérange dénichée sur un site complotiste (pas de lien hypertexte, ici, pas envie de leur faire de la pub). C’est le très sérieux journal Le Monde qui révélait le chiffre en juin dernier. L’info avait déjà fait l’objet d’un article du même journal en mars 2013, mais la journaliste était alors restée très mesurée, avançant que le bilan des pertes humaines était sujet à caution. Il aura encore fallu trois ans et un bilan chaque année similaire pour que le journal reprenne l’info sous une forme affirmative cette fois. La presse spécialisée, de son côté, le répétait pourtant depuis longtemps tandis que pour leur part, les feuilles de chou du groupe Sudpresse ne réservent encore à l’événement que quelques lignes truffées d’imprécisions.

Hein ?

-Tu veux dire qu’il y a eu un attentat meurtrier d’une ampleur pareille et que les médias rechignent à balancer l’info ?

-Oui.

-Oui et quoi ? Oui, mais quoi ?

-Oui, c’est tout.

– …

On veut des détails!

L’info complète, la voilà : selon une étude de Santé Publique France, 48 000 personnes meurent chaque année du fait de la pollution de l’air. Cette étude, parue en juin 2016, vient corroborer celles, plus anciennes, de la Commission Européenne et du Journal of the American Medical Association. Ça va, c’est fiable ? De toute façon, si vous voulez lire, les liens sont ci-dessus (quoi? vous n’avez pas cliqué ? tssss).

Les médias en parlent. Certes, pas assez, pas au point d’en faire leur Une plusieurs jours durant comme c’est le cas quand un taré abat une quinzaine de personnes dans une épicerie cachère ou sur un marché de Noël, mais ils en parlent ! Attention, je ne relativise pas la gravité des tueries djihadistes, mais si on considère que chaque vie humaine a autant de valeur, alors, force est de constater que le bilan meurtrier de la pollution de l’air est autrement plus morbide que celui de Salah Abdeslam. 48 000 contre 128. C’est un peu comme un match gagné 371 – 1 par l’Occident pollueur contre Daesh. Comment ça se fait que la DH (la Dernière Heure, journal belge) fait toujours sa Une avec une équipe de loosers ?

CCO. author : SD-Pictures

Quel serait l’argument rationnel pour parler davantage du djihadisme que de la pollution ?

Que chaque tuerie isolée fait partie d’une tendance plus large qui menace nos vies ? Et la pollution pas peut-être ?

Que ça nous surprend dans notre quotidien, menace notre mode de vie ? Hum !

Que la violence des attaques installe un climat de terreur au quotidien ? Pas faux… mais justement, si on met de côté le poids des mots, le choc des photos, ce climat de terreur il est dû à quoi ? Parce que comme le rappelait avec humour Louis T, nos chances de mourir du terrorisme sont de 1/116 000 000, soit 250 000 fois moins de chance que de mourir du cancer.

Au fond, si c’était juste une histoire de médias, je ne m’en ferais pas plus que ça. Ça fait longtemps que, quand survient un attentat, j’attends environ cinq jours avant d’ouvrir un journal. Ça me permet d’avoir directement le résumé des faits plutôt des doubles pages de dossiers spéciaux truffés d’approximations, des reportages sur la mosquée de Molenbeek et des biographies de crétins dégénérés endoctrinés sur sharia.org.

Le problème de fond, ce n’est pas tellement que le poids des mots et le choc des photos, ça fait vendre du papier. Non, ça, on s’y fait.

Le problème, c’est que ce sont ces mêmes mots et ces mêmes photos qui font gagner des élections à une poignée d’opportunistes heureux de faire du terrorisme, leur priorité budgétaire le temps d’une législature… ou deux, ou trois. Je ne parle pas de Trump, là : à part trois jours avant la COP 21, combien de fois avons-nous entendu notre premier ministre parler de pollution ? Mieux vaut ne pas comparer au nombre de fois qu’il a pris le micro (ou l’a cédé, penaud, à son ministre de l’Intérieur) pour nous déclarer, la gorge serrée, que pour protéger mémé, il renforcera la présence militaire devant les Delhaize et les Intermarchés (enseignes de supermarchés).

Cette sécurité-là, aussi illusoire que la menace contre laquelle elle est censée nous protéger, elle coûte pas mal au portefeuille du citoyen et la tune qu’on met pour promener nos troufions dans les rues, surpriiiiise, c’est de l’argent qu’on n’aura plus pour envisager une transition écologique sérieuse. Et si vous trouvez que le chemin de fer est un gouffre financier, essayez la Défense, c’est un bon vaccin !

L’affaire climat

Pas besoin de vous faire un laïus : au-delà de l’enjeu de la pollution de l’air, c’est toute la dégradation de l’environnement et du climat qui se trouve être une dégradation directe de notre qualité de vie. Pour le dire plus directement, à chaque fois qu’on construit une bretelle d’autoroute ou qu’on finance les voitures de société, on assassine, paisiblement, quelques milliers de citoyens. Ils ne meurent pas en entendant un demeuré crier Allahu akbar mais au fond, c’est vraiment important, les derniers mots qu’on entend quand on meurt ?

L’affaire climat, capture d’écran de https://affaire-climat.be/ le 29/01/16

Alors pour faire un peu bouger les lignes de priorités, on est plus de 16 000 à avoir rejoint « l’affaire climat ». On est plus de 16 000 à faire appel à la justice pour faire revenir les enjeux environnementaux au centre priorités politiques. On le réclame, pas parce que ça nous fait tripper de voir des papillons qui butinent, d’acheter du pain bio et de mater des jolies filles à vélo, non, on le réclame parce que c’est un enjeu de sécurité. On le réclame parce qu’on a 250 000 fois plus de chance de crever à cause des particules rejetées par un camion que sous les pneus d’un djihadiste au volant. Alors si tu es belge, rejoins l’affaire climat et puis si tu ne l’es pas… bah essaye quand même de faire bouger les lignes, ce serait con de crever (plus vite) à cause d’un bidon de diesel.

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tanguywera

Étudiant en Belgique puis au Québec, stagiaire en RDC, enseignant au Rwanda, j'ai acquis la ferme conviction que le français, aujourd'hui plus que jamais, demeurait un instrument au service de chacun de ses locuteurs, quel que soit sa couleur (politique) ou son accent (démocratique).

Une réflexion sur “48 000 morts dans un attentat au camion bélier en France

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