Défends ton porc

Ce qui est frappant dans la récente campagne de dénonciation du harcèlement, ce n’est pas tant le nombre de celles qui partagent le fameux #metoo, c’est le nombre de ceux qui se pensent légitimes pour leur dire « non mais là t’abuses », « on ne peut plus rien dire ni faire en fait ? », « Oui mais là, c’est de la drague », « Non mais la vraie définition de Harcèlement, tu sais, c’est… »

STOP

CCO Surdumihail #Metoo

Je ne devrais pas, je sais. Parce que s’en prendre à la parole libérée sur les réseaux sociaux, c’est comme construire des châteaux de sable à la marée montante : on a beau pelleter de toutes nos forces, facebook pousse les pires béotiens à s’improviser docteur ès lettre doublé d’une PGD en droit pénal aussi surement que l’attraction lunaire fait monter les vagues. Pourtant, et même si c’est inutile, je vous assure que là, j’ai envie de pelleter… et d’utiliser ma pelle comme arme contondante s’il le faut.

Les débats sémantiques, d’habitude, j’aime encore bien. Ça me semble même un enjeu démocratique que de laisser à tout un chacun la possibilité de dire « certes, le petit Robert nous balance cette définition aride et tautologique mais moi, ce que je mets derrière ce mot-là, c’est ça… ». Se battre sur la définition des mots « liberté d’expression », « désobéissance civile », « décroissance », c’est toujours un peu faire avancer la cause en question, ne fut-ce que dans nos têtes.  On aurait donc pu se marrer longtemps à jouer sur les mots sauf que là, on parle de harcèlement, d’agression et de viol.

Et alors, c’est quoi l’enjeu ?

Imaginons qu’il me prenne l’envie, par gout du débat ou solidarité porcine de prendre mes valseuses d’une main et mon clavier de l’autre pour répondre à une personne s’étant sentie moquée, rabaissée, ridiculisée, harcelée, agressée, violée.

Mettons que j’aie le talent rhétorique nécessaire, qu’elle ait l’intimidation suffisante pour que je gagne au petit jeu du « j’ai plus de répondant que toi et je suis meilleur linguiste/avocat/socio-anthropologue ». J’aurais gagné quoi, au juste ?

Youpie, j’ai fait ma soirée, j’ai convaincu le monde entier que ce que cette nana avait ressenti comme une agression, bah non, en fait, ce n’était sémiologiquement parlant, que de la drague BIM ! Ce qu’elle avait pris pour du harcèlement, jurdiquement, ça ne tombe pas sous le coup du pénal et on peut requalifier les faits en  « acte de grivoiserie » ou mieux en « blague potache ». Hé, les mecs, j’ai gagné, vous avez vu ? J’ai gagné ! D’accord ? Alors qui c’est le patron ? Qui c’est qu’a le bâton ?

« Avec mon petit gourdin j’aurais l’air d’un con, ma mère avec mon petit gourdin j’aurais l’air d’un con »…

Hors de l’enceinte d’un tribunal ou d’une salle de classe en faculté de philo-lettre ou de socio-anthropo, ce type de victoire n’aura jamais qu’un seul sens : celui de la reproduction d’une domination masculine. Gagner ce genre de débat, c’est jouer au même jeu déloyal auquel on joue depuis 6000 ans et qui consiste à dire « gamine, je sais, comme homme, mieux que toi ce qui est bon pour les individus de ton espèce alors tu te tais et tu avales » Gagner ce genre de débat, c’est déjà du harcèlement.

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