Des banques et des pigeons…

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Deux pence…

C’est sans doute dû à Mary Poppins : comme des milliers d’enfants, avant douze ans, la profession de banquier était assurément celle qui m’attirait le moins au monde. Et avec tout le respect que je dois aux hommes et aux femmes qui se lèvent le matin pour travailler chez Triodos, New-B et d’autres institutions financières qui changent positivement la face de l’économie, la banque, avouons-le reste quand même, pour bon nombre d’adultes profanes, un des milieux les plus inexorablement… chiant.

Aujourd’hui encore, j’avoue me sentir souvent submergé d’ennui au moment d’arriver aux pages rosâtres du journal Le Soir, consacrées à l’économies et couvertes de symboles cabalistiques à peu près aussi clairs à mes yeux qu’un manuscrit en hébreu ancien à moitié mangé par le temps. Alors passe ton chemin, lecteur que des brillantes études à HEC ont transformé en expert des chiffres, sicav et fonds de pension. Je vais, dans les lignes qui suivent, sans doute écorcher un nombre incalculable des « évidences économiques », des « solutions techniques » et des « calculs rationnels » qui t’ont été enseignés.

(CC) Tanguy Wéra, Journal Le Soir du 11-01-2018 page « marchés »

Mes actifs

Il ne faut pas m’en vouloir, je vous ai dit, je suis à la traine de ce point de vue-là et mes dernières fréquentations : Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous de Wilkinson et Pickett, Prospérité sans croissance de Tim Jackson et l’incontournable Capital au XXIe siècle de Thomas Piketty ne devraient pas améliorer une culture bancaire déjà très médiocre. Le pire, te l’avouerais-je ? Ma dernière acquisition dans le domaine n’est ni plus ni moins qu’une… BD. Et je te le dis franchement, j’ai pris infiniment plus de plaisir à lire Economix, histoire de l’économie en bande dessinée qu’à visualiser les rendements de mon compte épargne.

Mais voilà, à mon corps défendant, des gens comme Philippe Lamberts, Financité ou les gaillards du CADTM ont fini par me convaincre que l’univers financier, aussi peu attirant qu’il puisse être, avait un impact déterminant sur nos vies alors, mine de rien, j’ai mis un petit voyant dans un coin de ma tête et il s’allume de temps à autre comme un indicateur de dysfonctionnement.

Quentin Metsys – Le banquier et sa femme

Et justement, c’est une publicité commanditée sur Facebook qui a mis en route le système d’alarme. Mignonne, du reste, la pub : la banque Belfius s’autocongratule d’organiser l’action Stairs For Life au profit de Viva For Life et des enfants pauvres. Dedans, des images d’un papa et sa fille qui montent quatre à quatre un escalier, Filip de Wever, directeur de Belfius qui se rend, lui-même, sous les caméras, visiter un centre d’accueil pour enfants défavorisés et exprime à quel point il a chaud au cœur en voyant l’action possible grâce à l’argent récolté par sa banque. C’est trop chou. Pourtant le voyant rouge s’allume parce qu’en visionnant cette publicité, j’ai un peu l’impression d’être pris pour un gros pigeon.

Notre banque

Belfius, techniquement, c’est la nouvelle étiquette de la banque Dexia à laquelle l’Etat belge a donné, un soir d’octobre 2008, 3 milliards de notre argent public. C’est pas mal, 3 milliards. Autrement dit, Belfius, c’est vous, c’est moi, c’est nous qui avons mis cette année-là plus de 250€ de notre poche pour sauver « notre banque ». À titre de comparaison, les Centres Publics d’Action Sociale nous coûtent environ 125€ par wallon. Jusque-là, rien de compliqué : on a « juste » donné, en un coup, deux fois plus d’argent pour sauver une banque que pour sauver des gens de la misère, de la précarité, du mauvais logement… Mais c’est pas grave, on a payé, la banque est à nous ! On va pouvoir redéfinir les règles de la partie de Monopoly. Non ?
Non.

(CC) Cassadey Fedel – Economy

Belfius, aujourd’hui, c’est la banque dont le ministre des finances nous a dit ce matin : « oh, mais vous savez, finalement, c’est bien aussi qu’elle soit privatisée… oui, voilà, on va la faire entrer en bourse, c’est bien aussi…  » pensant sans doute qu’il serait absurde que, quitte à avoir payé aussi cher, on ait au moins une banque éthique au service des citoyens, des PME, des associations et des CPAS, tiens, en passant.

Belfius, c’est la banque qui fait une jolie pub sur Facebook en affichant son soutien à Viva For Life, une belle action caritative qui vient pallier, à coup de rustines, au manque de financement des CPAS. Tiens, mais si on n’avait pas refinancé Belfius, on n’aurait pas, genre, beaucoup plus d’argent pour l’action sociale en fait ? Si, mais on a une banque à nous maintenant !

Ah ben non, plus pour longtemps justement.

Bon ? Vous arrêtez de vous foutre de nous, vous nous les rendez les 250€ ? Promis, on les verse directement à Viva For Life et sans campagne de pub. Finalement, je crois que c’est le petit garçon dans Marie Poppins qui avait raison : plutôt que de confier son argent à la banque, autant nourrir directement ceux qu’elle pigeonne!

(CC) Iskra Photo – Pigeon

5 réflexions sur “Des banques et des pigeons…

  1. J’ai lu. Certains mots restent toujours du charabia cabalistique pour moi mais j’ai compris une chose. Universelle. Les banques nous plument tous, pigeons du Nord comme du Sud.

  2. Bah faut crier ça haut et fort
    Tjs plus fort !!!!

    Moi j’arrête pas de diffuser mais ça n’intéresse personne on dirait

    Peu de retour

    Ça fait 15 ans que l’on voit ce qu’il sest mis en place et on a tant de difficulté à réagir.

    1000 merciS !

    1. Continuer, encore et toujours, ne jamais se décourager : de nouvelles générations arrivent, d’anciennes ouvrent les yeux et se rendent compte du pouvoir qu’elles ont et dont elles ne se savaient pas détentrices, le monde bascule grâce aux citoyens! à nous de faire en sorte qu’il bascule du bon côté!

      Tanguy

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