Les condescendants

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Chien qui aboie ne mord pas

Il y a du vrai dans la sagesse populaire : 65 000 personnes sensibles aux changements climatiques qui haranguent des slogans, tenant d’une main leur progéniture et de l’autre une pancarte en carton, c’est sympathique.

Oui, sympathique, parfois bruyant, jamais dangereux. Un clébard fidèle, en somme.

Nous n’avons rien cassé : pas un pavé n’a été descellé, pas un policier n’a été heurté, pas même une trottinette incendiée. En rentrant de la manif dimanche, nous avions le cœur content, fiers citoyens engagés qui venaient d’accomplir leur mission dans le respect, la dignité, la décence. Il n’y a donc pas eu de violence dimanche, à Bruxelles. Ces amis du climat sont des sans-dents, de gentils chiens que l’on tient au collier.

Aurions-nous dû être violents ? Le démocrate, en nous, nous murmure que non. La raison nous répète qu’on n’aurait pas osé emmener nos enfants dans un déchaînement de coups, de pétards, de lacrymos et de cocktail molotov. Les enfants, ça doit être préservé de la violence, non ? Alors l’affrontement violent, nous l’aurions probablement désavoué, chacun devant notre télé. « La cause, oui, mais pas ces moyens-là! » Cette violence-là, elle nous aurait divisés et ils auraient mieux régné.

(CC) Olenka Czarnocki

Les loups ont regardé vers Paris

Alors à l’heure où, nous, les sans-dents, nous nous entassions, dociles, dans des trains pour rentrer dans nos niches en émettant le moins de CO2 possible, les loups nous tenant lieu de ministres regardaient vers les accords de Paris.

Ils regardaient vers Paris et ils riaient, charmante Elvire, ils riaient.

À l’heure où nous pédalions de Bruxelles à Verviers, ils s’envolaient dans des avions pour faire un saut au Maroc ou en Pologne. Nos ministres riaient, allant vanter au Sud, l’intérêt d’exporter et polluer toujours plus, au mépris de l’environnement, allant revendiquer à l’Est le droit à toujours moins d’ambition pour le climat.

Et la violence qu’on voulait éviter à nos enfants, ils sont venus la leur jeter au visage : au petit déjeuner, les loups avalaient la parole de 65 000 citoyens avant de sacrifier notre avenir commun sur le buffet de leur manque d’ambitions climatiques. Aux enfants impuissants forcés à assister à cela, ils répétaient en riant : vos parents sont des sans-dents ! Vos parents sont des sans-dents ! Et cela résonnait en eux avec la force de l’humiliation : descendants, des sans-dents…

(cc) Adrien Hotton

Et pourtant…

Pourtant chaque jour, ceux qu’ils traitent comme des chiens sont plus nombreux. Chaque jour, nous nous trouvons des points communs. Nous les pelés, nous les galeux, nous les tondus, nous qui osons à peine aboyer plus haut que notre cul, chaque jour nous sommes moins dupes des os à ronger que les loups nous envoient. Chaque jour grandit le cynisme et chaque jour la meute grossit. Chaque jour monte la rage envers les condescendants, monte la colère envers les cons descendant.

(CC) Mathieu Content

 

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